14 février 2010

CARTES ET ARGUMENTS DE CAMPAGNE (6) : Paris, "Ville-Lumière" ou capitale de la pollution lumineuse ?

L'éclairage nocturne est un exemple concret de gaspillage de ressources énergétiques et de perturbation des ecosystèmes naturels. La peur du noir révèle par ailleurs les obsessions sécuritaires de la majorité UMP et d'une partie des socialistes qui souhaitent favoriser le développement de la vidéo-surveillance, au mépris des libertés individuelles. 

Vue du ciel, la "Ville-Lumière" qu'est Paris apparaît surtout comme une immense machine à gaspiller. Or, de nombreuses actions concrètes sont possibles pour réduire le fléau de la pollution lumineuse sans pour autant réduire le confort et la sécurité des citoyens.

Sans reprendre en détail l'analyse détaillée du phénomène de pollution lumineuse que nous avions présenté le 22 mars 2009 lors des élections europénnes, nous présentons ici un zoom sur la région Ile de France

LES LUMIERES DE LA VILLE

Vu du sol : une aurore boréale permanente

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Tout les franciliens peuvent en faire l'expérience : il n'y a plus de nuit dans notre région ! Comme le rappelle un article  de Rue 89 (O. Neiman, "Pollution, ces activistes qui éteignent les lumières", 29 fev. 2008) "Pour ceux qui ont la tête dans les étoiles, cette pollution a de quoi les faire redescendre. Le halo lumineux urbain augmente la clarté générale de la voute céleste et en masque les « détails ». Ainsi, depuis Paris, on compte les étoiles sur les doigts de ses mains.Les oiseaux migrateurs ne sont pas plus à la fête. Ces halos lumineux, intenses dans certaines villes, désorientent leur trajet, quand ils ne vont pas s'écraser contre les façades d'immeubles situés en littoral. Quant aux riverains, les lumières clignotantes perturbent également leur sommeil."

Vu du ciel : des plaques lumineuses urbaines reliées par les axes routiers
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La carte de la pollution lumineuse est évidemment associée à la carte des des densités de population et on repère facilement Paris au centre de l'image, les villes de l'axe de la Loire au sud-ouest  en bas à gauche (Orléans, Blois, Tours, Angers, Nantes), les villes de l'axe rhénan à l'est à droite (Bâle, Mulhouse, Strasbourg, ...) et surtout l'énorme conurbation urbaine de la basse vallée du Rhin, à cheval sur la Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas et même le Nord de la France (Lille, Valenciennes). Les axes autoroutiers sont également bien visibles, surtout lorsqu'ils traversent des zones fortement urbanisées et industrialisées comme la vallée de la Seine, de Paris à Rouen et au Havre.

Corrélation entre pollution lumineuse et artificialisation des sols
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On peut rapprocher la carte de la pollution lumineuse de la carte de l'utilisation du sol établie par l'Agence Européenne de l'Environnement pour l'année 2000. Les zones artificialisées (villes, routes, aéroports, zones industrielles) sont ici représentées en rouge ou en violet, tandis que les zones de grande culture sont en jaune clair (la Beauce est très visible au Sud de Paris et la Brie à l'Est), les zones de prairies en verts clair et les forêts en vert foncé.

Le grignotage des espaces naturels entre 1990 et 2000

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Une autre carte disponible sur le site de  l'Agence Européenne de l'Environnement permet de suivre les progrès de l'urbanisation entre 1990 et 2000. Sur la carte ci-dessus, on voit comment les zones urbaines de 1990 se sont aggrandies pour grignoter de plus en plus d'espaces naturels sur leur bordures (en jaune, orange et rouge). Le phénomène est très spectaculaire en Ile de France et le long des axes routiers qui relient Paris aux autres villes du bassin parisien.

LES PROPOSITIONS DES VERTS ET D'EUROPE ECOLOGIE

Notre programme pour les régionales

Comme nous l'avons montré dans la dernière livraison -  Cartes et Arguments de Campagne (5) : les cartes mentales des principaux partis politiques - les deux principaux partis politiques concentrent leur campagne sur les thèmes des transports et de l'économie de la connaissance, mais négligent les questions environnementales. Avec sans doute un brin de cynisme, Valérie Pecresse et Jean-Paul Huchon considèrent que depuis l'échec de Copenhague, le thème du développement durable n'est plus "porteur" et qu'il faut passer à autre chose pour remporter les élections régionales.

Eh bien, gageons qu'ils ont tort ! Le programme des Verts et d'Europe-Ecologie prend quant à lui le risque de continuer à défendre l'ensemble de ses priorités, à la fois économiques, sociales et environnementales, sans indexer leur importance relative sur le cours douteux des sondages d'opinion.

Et puis, la campagne des régionales n'est pas le seul moment de l'action et les militants Verts se battent au quotidien au côté des associations sur les questions d'environnement et de pollution lumineuse. Un bon exemple est fourni par la question des illuminations de Noël.

Un exemple d'action locale : les illuminations de Noël

Quatre associations ont lancé une campagne contre le gaspillage constitué par les illuminations de Noël.

"La multiplication des illuminations de Noël, à l’approche des fêtes de fin d’année, entraîne chaque année un gaspillage énergétique considérable. Ce scintillement embrase nos villes et campagnes à tel point que cette course au chatoiement généralisé réussit le tour de force d’éteindre la nuit ! Chaque année, nous assistons donc à une explosion de lumières artificielles dont les conséquences climatiques et énergétiques sont incontestables. Par mimétisme ou concurrence, le recours à ces illuminations intervient de plus en plus tôt dans l’année, éclairant les zones et rues commerciales dès les premiers jours de novembre ! Pire, certaines illuminations restent allumées 24h/24h, sept jours sur sept, quatre mois durant !!

Cette campagne de mobilisation citoyenne ne préconise pas l’arrêt des festivités en période de Noël mais postule que cet excès revêt un caractère symptomatique d’une société de surabondance et de gaspillage. Ces illuminations sont aux décorations de Noël ce que les 4x4 sont à l’automobile, une façon de briller en société mais qui débouche sur une éclipse partielle de notre lucidité écologique. Une fois encore, nous ne pouvons que constater la césure existante entre les grands discours sur le civisme écologique et une réalité moins radieuse"

Pour en savoir plus : http://www.agirpourlenvironnement.org/campagnes/a6.htm

Une action très simple consiste à déposer un amendement au budget municipal demandant la réduction des subventions (considérables) affectées à ces illuminations de Noël et à les redistribuer vers des actions en faveur de l'environnement. Deux exemples :

Ce qui est intéressant dans ces deux exemples c'est le fait que les Verts, même s'ils n'étaient pas majoritaires, ont réussi à faire adopter une mesure par les majorités PS ou UMP grâce aux relais importants qu'ils avaient dans l'opinion publique via les associations.


Claude Grasland

Militant Verts, Sucy-en-Brie


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