31 janvier 2010

CARTES ET ARGUMENTS DE CAMPAGNE (4) : Proposer des indicateurs statistiques fiables de développement durable

Contrairement à l'image qui leur est souvent prêtée, les écologistes ne privilégient aucunement l'environnement par rapport à l'économique et au social mais cherchent à articuler les trois dimensions. C'est ce qu'on appelle le développement durable, mot hélas tellement galvaudé qu'il finit par devenir inaudible.

Le problème concret d'une politique de développement durable est de trouver des indicateurs statistiques fiables qui articulent ces trois dimensions économiques, sociales et environnementales. Ni le taux de chômage, ni le revenu moyen des habitants ne suffisent par exemple à mesurer correctement les inégalités sociales qui sont également liées à la scolarisation, à la santé.

Il existe pourtant des pistes pour renouveler les indicateurs et donc les politiques qui pourraient être menées en Ile de France.



1. Le Tableau d'indicateurs de développement durable de la région Ile de France (IAURIF, 2007)

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L'étude réalisée par l'IAURIF en Juillet 2007 présente le grand intérêt de faire un point sur les différentes dimensions du développement durable et de montrer quels types d'indicateurs peuvent être construits pour conduire une politique de développement durable. Si les candidats Verts et Europe Ecologie veulent se démarquer des autres candidats, ils doivent s'appuyer sur ce rapport qui offre une grande richesse d'analyse et permet d'étayer notre programme.
Quelques exemples ...

2. LE BRUIT : UN PROBLEME A LA FOIS ECONOMIQUE, SOCIAL ET ENVIRONNEMENTAL

Le bruit offre un exemple parfait d'imbrication des dimensions économiques sociales et environnementales, comme on peut s'en rendre compte en analysant la carte et les tableaux reproduits dans le rapport de l'IAURIF (pp. 34-37).

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  • Bruit et transport : Le rapport pointe sans ambiguïté le rôle des transports routiers et des aéroports dans la production du bruit : "En Île-de-France, l’impact sanitaire des nuisances sonores est amplifié par la présence d’importantes infrastructures de transport, d’une forte urbanisation, surtout en zone centrale de l’agglomération, et par conséquent d’une importante concentration de population. Parmi les ménages enquêtés, 40% des ménages franciliens (pendant la journée) perçoivent le bruit comme une nuisance et 24% ont cette même perception pour la nuit. La circulation routière est la  principale responsable de cette nuisance perçue par les ménages.  "
  • Les enjeux économiques : La lutte contre le bruit suppose donc une régulation des transports routiers et aériens, mais celle-ci entre évidemment directement en conflit avec des enjeux économiques de desserte de la région tant pour ce qui concerne l'Industrie que les services. Il faut évidemment rappeler que d'autres modes de transport produisent moins de nuisances (rail, eau) et que les enjeux d'une politique de transport s'apprécient sur le long terme.
  • Les enjeux sociaux :  On doit également s'interroger sur les inégalités sociales en matière d'exposition au bruit, en croisant la carte des nuisances sonores avec celle des revenus des populations, des catégories sociales, des taux de chômage. On voit alors apparaître de fortes inégalités sociales puisque les populations les plus riches peuvent retarder la mise en place d'infrastructure routière (bouclage A86 vers l'ouest) ou bien obtenir des aménagements sonores exceptionnels (Aménagement de Neuilly) voire des transformations des couloirs aériens à leur profit.
  • Les enjeux environnementaux : Ils ne constituent pas un chapitre isolé du problème mais recoupent les deux précédents. Le bruit est en effet facteur de nuisance tant pour les populations humaines que pour les autres espèces vivantes (oiseaux, ...). Les questions de santé doivent évidemment être ici évoquées, avec le problème des insomnies et autres pathologies liées au bruit.

3. UN INDICATEUR SYNTHETIQUE DE DEVELOPPEMENT HUMAIN POUR L'ILE DE FRANCE ?

Sous la pression des élus Verts, de nouveaux indicateurs ont été testés pour mieux mesurer les inégalités sociales. S'inspirant du célèbre Indicateur de de Développement Humain utilisé par les Nations Unies, l'IAURIF a tenté de proposer un indicateur équivalent adapté à la situation francilienne, en combinant les trois dimensions de santé, d'éducation et de niveau de vie.

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Comme le souligne Francine Bavay, Vice présidente Verte du conseil régional d'Ile de France sur son Blog, En Ile-de-France, la forte concentration d’entreprises et d’établissements d’enseignement supérieur sur ce territoire a pour effet de gonfler à la fois le PIB mais aussi les Taux Bruts de Scolarisation. Afin de contourner ces difficultés, une déclinaison régionale de l’IDH en Ile de France(IDH-2) est actuellement expérimentée. Cet indice permet d’illustrer la répartition inéquitable du développement humain sur le territoire régional : une zone de niveau de vie très élevée s’étend à l’ouest de la région sur l’essentiel du département des Yvelines et une partie du département de l’Essonne. A l’est, et plus particulièrement dans le département de la Seine-et-Marne, on observe très nettement un affaiblissement progressif du niveau de vie au fur et à mesure de l’éloignement de la capitale.

Carte de l'IDH-2 des communes d'Ile de France en 1999 (source IAURIF, 2007)
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La carte des valeurs communales et le tableau des valeurs départementales montrent l'importance des inégalités sociales en Ile de France et la nécessité de réduire ces inégalités à la fois entre les départements et entre les communes  à l'intérieur de ceux-ci (Cf. Cartes et Arguments de Campagne n°3).

On voit également combien le tracé du métro du Grand Paris serait injuste et de nature à renforcer encore les injustices sociales à l'intérieur de la région (Cf. Cartes et Argument de Campagne N°2).

Claude GRASLAND

Militant Verts, Sucy-en-Brie

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